Top 5 Secteurs plus Porteurs en Afrique d’ici 2030

25 March, 2021 | by: David Kodjani

En dix ans, le continent africain doit créer 122 millions de postes pour ses jeunes. Un défi de taille, mais pas inaccessible si les gouvernements misent sur la transformation du secteur informel et sur plusieurs gisements d’embauches.

Un chiffre planait au-dessus de toutes les conjectures : 600 millions. C’est le nombre colossal d’emplois qu’il serait nécessaire de créer d’ici à dix ans – dont 122 millions en Afrique – pour absorber l’afflux de jeunes qui entreront sur le marché du travail.

Des chefs d’entreprise et des économistes mettent en avant de véritables gisements d’emplois, notamment dans l’artisanat, les métiers techniques, ou s’appuyant sur les nouvelles technologies de la communication ou celles liées à l’environnement. Nos confrères de Jeune Afrique ont identifié les principaux secteurs créateurs d’emplois décents, du solaire au BTP en passant par la grande distribution.

  • Emplois verts

L’OIT estime que la transition écologique créera pas moins de 60 millions d’emplois d’ici à 2030 dans le monde.

L’Ouganda connaît un véritable boom de l’agriculture biologique, avec des produits vendus à l’exportation (ananas) ou sur le marché local (banane plantain, millet, manioc…).

La Zambie s’est lancée dans la construction d’un million de logements selon des normes environnementales plus exigeantes, s’appuyant sur des filières d’approvisionnement locales (bois, brique de terre comprimée…).

En mi-2016, Le Sénégal a décidé d’injecter 3 milliards de francs CFA pour soutenir la création de microentreprises vertes telles que des micro-unités de dessalement de l’eau de mer ou des bacs réfrigérés transportables par tricycle pour la revente des poissons sur les marchés. Le Sénégal espère ainsi créer 30,000 emplois d’ici à 2035.

  • Les énergies renouvelables

Dans ce contexte porteur pour les énergies renouvelables, la fabrication et la distribution de produits solaires sont particulièrement dynamiques. En mars 2017, l’Africa Progress Panel, think tank présidé par Kofi Annan, estimait les ventes de lampes solaires à plus de 10 millions d’unités par an sur le continent.

Si le Kenya, l’Éthiopie et la Tanzanie sont pionniers sur ce créneau, les entreprises d’Afrique francophone s’y mettent à leur tour, comme la société sénégalaise Nadji Bi, active à Mbour depuis 2014. Si elle ne compte que 20 salariés, la distribution de ses produits solaires dans une dizaine de pays ouest-africains, via des commerçants, des groupements de femmes ou des sociétés de microcrédit, générerait plusieurs milliers d’emplois.

Même effet sur l’emploi chez Off Grid Electric. Cette entreprise californienne s’est associée au leader de l’énergie français, EDF, en novembre 2016 pour vendre des kits solaires en Côte d’Ivoire, où il vise 1,5 million de clients. Cinq ans après ses débuts en Tanzanie et aux Seychelles, en 2011, la société comptait déjà, selon Citibank, plusieurs centaines d’agents.

  • Jobs à la tâche

Des particuliers équipés d’un ordinateur et payés à faire du traitement de texte, de la modération sur les réseaux sociaux ou du classement de factures pour le compte d’entreprises : c’est le principe de la gig economy (économie de la prestation), nouvelle forme d’offshoring par internet payé à la tâche.

En Afrique, ce mode de travail peut permettre d’améliorer ses revenus et d’avoir davantage d’autonomie, selon les résultats, présentés à Dakar en mars, d’une enquête conduite par les chercheurs du Gordon Institute of Business Science de l’université de Pretoria auprès de 500 de ces e-travailleurs, notamment au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud.

En 2013, au moment d’ouvrir Naijacloud, un site de mise en relation entre employeurs et micro salariés numériques, le Nigeria avait même estimé que ce secteur pourrait représenter 450 à 900 millions de dollars par an.

  • Grande distribution

Doucement mais sûrement, les supermarchés font leur trou. Ils sont déjà 37 en Afrique de l’Ouest, un nombre en hausse de 20 % en dix-huit mois, selon Sagaci Research, un cabinet de recherche économique spécialisé dans la grande distribution en Afrique. Carrefour, Casino, Shoprite, Nakumatt, Prosuma… Chaque ouverture donne lieu à son lot d’embauches.

« Au Kenya, ce sont 200 à 300 personnes par magasin avec un contrat en bonne et due forme », estime Julien Garcier, le fondateur de Sagaci Research. Et les retombées ne se limitent pas aux emplois directs.

En Côte d’Ivoire, le nouveau Carrefour d’Abidjan (à Marcory) a embauché 500 salariés pour gérer ses quelque 20,000 m2, mais il a aussi fait augmenter les effectifs des fournisseurs de l’enseigne, qui ont dû investir et se moderniser pour atteindre les niveaux de production et de qualité demandés.

L’impact positif sur l’emploi devrait s’accentuer dans les prochaines années puisque CFAO, le partenaire de Carrefour pour le développement de centres commerciaux africains, entend ouvrir d’autres supermarchés au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Ghana, au Nigeria, au Sénégal, au Congo et en RD Congo. Et le sud-africain Shoprite multiplie les inaugurations, y compris dans des pays où la logistique est compliquée, tels que la RD Congo et Madagascar.

  • Emplois informels

Les besoins africains en infrastructures sont colossaux – 55.000 milliards de francs CFA – et le continent est loin d’avoir rattrapé son retard. La construction de routes, de ports, de centrales électriques et de stations d’eau potable nécessite des milliers de travailleurs. Mais, dans de nombreux cas, les chantiers ne trouvent pas de plombiers, de maçons, de peintres, d’électriciens ou de mécaniciens.

« Quand Aliko Dangote construit une raffinerie au Nigeria, la main-d’œuvre vient de Chine », regrette Acha Lecke, le patron Afrique du cabinet McKinsey. Pourtant, certains de ces savoir-faire courent les rues, dans le secteur informel, même si ces travailleurs n’ont pas toujours le meilleur niveau et n’ont pas de diplômes en bonne et due forme. Mais comment convertir ces employés informels au secteur formel ? « Pour eux, il faut imaginer des formes de certification et une valorisation du savoir-faire et des acquis », plaide Youssouf Maiga, un expert indépendant sur les questions d’emploi établi au Burkina.

Une réponse intéressante au défi de l’informel est donnée par le Rwanda, où la mise en place de règles et de normes de travail passe par la multiplication des coopératives, qui intègrent des centaines de milliers de travailleurs indépendants. « Elles permettent des relations plus normales entre employeurs et salariés, avec une forme minimale de protection sociale, et génèrent des revenus supplémentaires ainsi qu’une meilleure régulation », estime Eric Manzi, le secrétaire général de la Centrale des syndicats des travailleurs du Rwanda (Cestrar). Les premières sont apparues dans la production de thé, puis d’autres sont nées dans les secteurs des taxis-motos, du café ou du riz.

Dernière piste pour effectuer une transition entre informel et formel : les applications mobiles. Ammin Youssouf, le fondateur d’Afrobytes, un incubateur parisien pour pépites africaines du numérique, y croit dur comme fer. Selon lui, les prestataires de services qui trouvent leurs clients via des applications d’intermédiation – telles que les plateformes d’hébergement (Airbnb, Vizeat), de taxi (Uber) ou de livraison de plats cuisinés (Deliveroo) – entreront un jour dans le circuit formel grâce à des accords avec les gouvernements africains, à l’image de ce qui se fait Europe et aux États-Unis.

Source : Jeune Afrique

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