Les MOOCs et l'Afrique de l'ouest

13 May, 2021 | by: David Kodjani

Les pays africains, moins préparés que les autres, ont été touchés de plein fouet par la crise sanitaire mondiale COVID-19. Pour faire face à cette situation, des décisions de confinement général y ont été imposées et l’enseignement à distance érigé en règle.

Les MOOCs (Massive Open Online Courses) et autres cours en ligne sont apparus depuis 15 ans comme des réponses techniques presque "miraculeuses" face à la massification de l’enseignement en Afrique, le nombre d’inscrits n’étant plus un facteur limitant dès lors qu’il suffit d’une bonne connexion pour suivre une formation. Les infrastructures universitaires, comme le ratio étudiants/enseignant, peuvent ainsi être – au moins partiellement – découplées des dynamiques de croissance démographique, sans nuire à l’efficacité pédagogique recherchée.

Pourtant, le miracle attendu tardait à se matérialiser de façon extensive, hormis d’intéressantes expériences. La pandémie entraînant un confinement planétaire à été le déclencheur qui a obligé tous les établissements et les acteurs individuels ou collectifs à produire des solutions, souvent basées sur les outils numériques.

Les modalités de cours à distance sont des plus variées et combinent de multiples options :

  • chaînes de télévision, canaux radios, vidéos YouTube, pour la diffusion ;
  • Zoom, Skype, Google Meet, pour les cours en mode synchrone avec interactions ;
  • Whatsapp, Facebook, mails ou forums pour les discussions ou échanges différés.
  • Les avantages des MOOCs

Si l’éducation à distance via des terminaux connectés n’est pas en soi une nouveauté, le MOOC a pour lui la particularité d’être ouvert à tous, d’être gratuit et d’offrir un enseignement essentiellement numérique. Sa promesse est de permettre aussi bien aux individus exclus du système de l’enseignement supérieur qu’à ceux qui y appartenaient, d’accéder de façon égalitaire à la connaissance.

En outre, il a l’avantage de profiter d’un contexte particulier. En effet, en 2015, l’Union internationale des télécommunications estimait à 43% la proportion de la population mondiale qui était connectée à Internet, soit 3,2 milliards d’humains dont 2 milliards en provenance des pays en voie de développement.

Les MOOCs apportent un début de solution à des difficultés que rencontre l’éducation, notamment dans les pays les moins avancés. La massification des effectifs se traduit par la difficulté pour le corps enseignant de gérer les flux d’étudiants, et par un fort taux de redoublement, voire d’abandon. Par ailleurs, la faiblesse de la documentation disponible réduit la possibilité pour les apprenants d’accéder à un large spectre d’informations dans leur domaines de formation. La pression exercée par les États sur les budgets de l’enseignement supérieur contraint les apprenants à se tourner vers les établissements du secteur privé dont les standards ne sont pas toujours adaptés aux exigences de l’enseignement universitaire.

Les MOOCs apparaissent alors comme une solution permettant de réduire drastiquement les coûts liés à l’infrastructure d’apprentissage et les coûts variables de l’éducation supérieure. En outre, ils offrent de la flexibilité dans l’apprentissage en permettant aux étudiants de progresser à leur propre rythme.

Selon les experts, le public des MOOCs est essentiellement constitué d’apprenants de l’enseignement supérieur, et de très peu de gens provenant d’autres horizons. En outre, malgré la progression de la pénétration d’internet, l’accès à ces modules de formation n’est pas toujours aisé en raison de difficultés relatives aux faibles capacités de débit et aux coûts des connexions, et même à la disponibilité de l’électricité, entre autres.

Les MOOCs apportent une option à l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne et permet de soulager à la fois les enseignants et les infrastructures. S’il ne constitue certainement pas une façon totalement autonome d’acquérir de la connaissance, il se combine aujourd’hui aux méthodes classiques pour apporter un plus à l’enseignement universitaire sur le continent.

Le MOOC ne peut donner sa pleine mesure que lorsqu’il est intégré dans un cadre qui le lui permet. Ainsi le rapport "Making sense of MOOCs" de l’UNESCO préconise la mise en place de stratégies nationales de l’enseignement supérieur intégrant les MOOCs.

En Afrique, un pays comme le Rwanda s’est récemment doté d’un tel document et a fait un état des lieux des pré-requis nécessaires à la réalisation de ses ambitions via cet outil. Le pays entend dispenser 30% de son enseignement secondaire et 50% de son enseignement supérieur via des formations ouvertes, à distance et en e-learning (ODeL).

  • L’utilisation des MOOCs et leurs limites

En cette période de crise sanitaire, les États Africains comme le reste du monde n’ont pas eu d’autre choix que d’instaurer le confinement des populations tout en maintenant l’enseignement : l’injonction a donc ainsi été faite aux organismes de formation et aux Universités publiques et privées de se mettre à l’enseignement à distance.

En Afrique subsaharienne en général et au Cameroun en particulier, la pratique du E-learning est beaucoup plus facile chez les jeunes apprenants du fait de leurs usages au quotidien des outils numériques. La mise en place de la formation à distance dans les pays d’Afrique francophone est particulièrement difficile en raison de la faiblesse des dispositifs et de la culture de l’enseignement à distance.

Dans une analyse des dispositifs d’enseignement à distance pendant l’actuelle crise sanitaire (Covid-19), la Banque Mondiale en s’appuyant sur le rapport PISA 2018 affirme: "si le recours aux plateformes numériques et d’outils technologiques dédiés à l’éducation (EdTech) semble pouvoir minimiser les énormes pertes d’apprentissage, surtout chez les élèves vulnérables, il risque dans le même temps de creuser encore davantage les inégalités".

Ce rapport rejoint les conclusions des précédents travaux de recherche sur les facteurs clés de succès du E-learning en apportant des éléments spécifiques aux pays sous-développés tel que : la capacité des utilisateurs, le degré de préparation des établissements d’enseignements, l’existence au préalable d’une plateforme efficace d’apprentissage en ligne, la détention par les enseignants des compétences techniques et pédagogiques pour réaliser l’enseignement à distance.

L’environnement à domicile complique le suivi des cours par les étudiants à distance (promiscuité, ambiance bruyante). Il y a également une forte inégalité dans l’accès à internet en fonction de l’étudiant qui réside en ville et celui qui réside dans des zones rurales. Sur le plan économique, le confinement a accentué la fracture sociale au sein des populations qui, pour la plupart, ont des activités liées au secteur informel. Enfin, les jeunes filles et jeunes garçons n’étaient pas égaux face à l’enseignement à distance. Les étudiantes étaient plus absentes au cours programmé en matinée du fait des travaux domestiques. L’une d’elles, Estelle 22 ans témoigne : « Les enseignants ne comprennent pas que je suis une fille. Comme je suis en confinement, à la maison mes parents m’obligent à aller faire les achats au marché et à faire la cuisine. Je ne peux pas suivre les cours du matin ».

Dans l’e-learning en Afrique, l’appropriation des connaissances est très faible par rapport aux cours en présentiel. Cela s'explique par l’absence d’interactivité, l’ambiance bruyante des cours, l’instabilité de la connexion internet pendant les séances de cours en ligne.

Dans un monde en perpétuelle évolution dans lequel tous les experts annoncent une succession inévitable de crises sanitaires et écologiques, les pays d’Afrique doivent s’inspirer de la situation actuelle du covid-19 pour préparer les enjeux futurs.

En Afrique, l’éducation supérieure voit ses effectifs progresser de plus de 8% chaque année. Alors que le continent devrait abriter 20% de la population mondiale d’ici 2040 et que 2/3 des Africains ont moins de 25 ans, le problème de la qualité de l’éducation devrait se poser avec plus d’acuité à un secteur qui rencontre déjà des difficultés en raison, entre autres, de la qualité de son enseignement et de la faiblesse de ses infrastructures. Dans ses efforts pour relever le niveau de son enseignement supérieur, le continent pourrait trouver dans les « cours en ligne ouverts et massifs » (en anglais MOOC), un allié de choix. Néanmoins, à ce jour, cette solution est loin d’être la panacée qui nous est vendue.

A l’heure où la pénétration d’internet sur le continent progresse, les pays africains ont désormais la latitude de se réapproprier le concept et de tailler sur mesure des MOOCs adaptés à leurs besoins.

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