Utilisation du logiciel espion Pegasus de NSO Group : Six gouvernements africains sont cités

24 October, 2021 | by: David Kodjani

NSO Group un acteur majeur de l’industrie opaque de la surveillance. La société israélienne de cyberarmes développe la meilleure technologie de sa catégorie pour aider les agences gouvernementales à détecter et à prévenir le terrorisme et la criminalité.

Les produits de l’entreprise aident les agences gouvernementales de renseignement et d’application de la loi agréées à résoudre légalement les problèmes les plus dangereux dans le monde d’aujourd’hui. La technologie de NSO a aidé à prévenir le terrorisme, à démanteler les opérations criminelles, à retrouver des personnes disparues et à aider les équipes de recherche et de sauvetage.

C’est dans cette droite lignée que le groupe a développé le logiciel espion Pegasus. Ce dernier peut être installé secrètement sur les téléphones mobiles (et autres appareils) exécutant la plupart des versions d’iOS et d’Android.

Les révélations du projet Pegasus 2021 suggèrent que le logiciel Pegasus actuel peut exploiter toutes les versions récentes d’iOS jusqu’à iOS 14.6. À partir de 2016, Pegasus était capable de lire des messages texte,de suivre les appels, de collecter des mots de passe, de suivre la localisation, d’accéder au microphone et à la caméra de l’appareil cible et de collecter des informations à partir d’applications. Le logiciel espion porte le nom du cheval ailé de la mythologie grecque. C’est un cheval de Troie virus informatique qui peut être envoyé "voler dans les airs" pour infecter les téléphones portables.

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Une récente enquête menée par Forensic Architecture en collaboration avec Amnesty International et Citizen Lab révèle que le logiciel Pegasus a fait beaucoup de ravages à travers le monde dans la sphère des droits humains.

Le Security Lab d’Amnesty International et Citizen Lab ont de façon répétée dénoncé l’utilisation qui a été faite du logiciel espion Pegasus de NSO Group pour attaquer des centaines de défenseur(es) des droits humains à travers le monde. Amnesty International demande à NSO Group de prendre de toute urgence les mesures nécessaires pour ne pas causer d’atteintes aux droits humains ni contribuer à des atteintes aux droits humains, et de réagir en cas de tels agissements. La cybersurveillance doit exercer de façon adéquate la diligence requise en matière de droits humains et prendre les mesures nécessaires pour que les défenseur(es) des droits humains et les journalistes ne fassent plus l’objet d’une surveillance illégale.

Le logiciel malveillant Pegasus aurait également été utilisé par au moins six gouvernements africains. La RDC, l'Égypte, le Maroc, l'Ouganda, le Rwanda et le Togo sont cités.

Le logiciel aurait permis d'espionner les numéros d'au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d'entreprises de différents pays.

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  • Le Maroc, cité plus haut, a été accusé d’utiliser à grande échelle Pegasus pour espionner non seulement des hautes personnalités du royaume, notamment le roi lui-même, mais aussi des dissidents et des hauts responsables politiques, militaires et sécuritaires de plusieurs États, notamment la France et l’Algérie.

Plus grave : le royaume est accusé d’espionner rien moins que le téléphone portable d’Emmanuel Macron et de quelque 6 000 personnalités du complexe militaro-sécuritaire algérien.

Des allégations évidemment repoussées et refusées avec force par les officiels du Maroc, des citoyens du royaume chérifien et aussi par certains membres de la communauté internationale.

  • Au Rwanda, Carine Kanimba, la fille de Paul Rusesabagina (le héros du film Hotel Rwanda actuellement devant la justice) aurait été espionée. La jeune femme pointe du doigt les autorités rwandaises.

"Le logiciel Pegasus coûte des millions au gouvernement rwandais et la décision de me mettre sur écoute, de me surveiller, alors qu’on sait qu’il y a beaucoup de gens au Rwanda qui meurent de faim, qui ont besoin de médicaments, qui ont besoin d’attention, qui ont besoin de cet argent pour survivre, le gouvernement rwandais lui, préfère me mettre sur écoute", poursuit Carine Kanimba.

Le logiciel a été également utilisé par les autorités rwandaises pour espionner des officiels congolais dont Lambert Mende, Albert Yuma et Jean Bamanisa, révèlent les enquêtes du consortium International des journalistes, Organized Crime and Corruption Reporting Project - (OCCRP).

De leur côté, les autorités rwandaises ont fait savoir que "ces fausses accusations font partie d'une campagne en cours visant à provoquer des tensions entre le Rwanda et d'autres pays, et à semer la désinformation sur le Rwanda aux niveaux national et international."

  • Au Togo, le père Pierre Marie Chanel Affognon, très actif au sein de la société civile, aurait lui aussi été placé sur écoute.

Comme Carine Kanimba, il déplore les sommes faramineuses utilisées à des fins d’espionnage par son pays. "Si des citoyens et des hommes religieux sont considérés comme un danger potentiel pour la nation, je crois quand même qu’il y a là quelque chose à corriger. Et puis, on ne peut pas minimiser le coût de ce logiciel ! Qu’est-ce que cela a coûté au contribuable togolais ? Une mesure de justice serait que ceux qui ont acheté ce logiciel puissent rembourser à l'État togolais la somme et que ce fonds soit investi dans le social", souhaite l’homme d'Église.

Côté politique, on retrouve parmi les numéros visés par le logiciel espion Pegasus ceux d'opposants au régime de Faure Gnassingbé. C’est le cas de Tikpi Atchadam, leader du Parti national panafricain, ou encore Agbéyomé Kodjo, candidat malheureux à la présidentielle de 2020 contre le chef de l’État. Tous deux vivent aujourd'hui en exil.

Des militants et journalistes sont également ciblés, comme David Ekoué Dosseh, fondateur de la plateforme citoyenne Togo Debout ou encore le journaliste d'investigation Carlos Ketohou.

Le groupe NSO qui a élaboré le logiciel assure que son programme sert uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes.

Michelle Bachelet, Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, a pour sa part réclamé une meilleure "réglementation" du transfert des technologies de surveillance.

Source : DW, VOA

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