Pandora Papers : les personnalités africaines exposées

10 October, 2021 | by: David Kodjani

La toile est en totale ébullition depuis le dimanche 3 octobre 2021 avec le dévoilement de quelque 12 millions de documents confidentiels sur les paradis fiscaux par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ). Ces documents portent le nom de "Pandora Papers".

En effet un trésor de données de 2,94 téraoctets expose les secrets offshore des élites riches de plus de 200 pays et territoires. Ce sont des gens qui utilisent les paradis fiscaux et secrets pour acheter des biens et cacher des actifs; beaucoup évitent les impôts et pire. Ils comprennent plus de 330 politiciens et 130 milliardaires de Forbes, ainsi que des célébrités, des fraudeurs, des trafiquants de drogue, des membres de la famille royale et des dirigeants de groupes religieux du monde entier.

43 hommes politiques sur l’ensemble de ceux cités dans les "Pandora Papers", sont en Afrique. Le Nigéria avec 10 politiciens, est le pays de la région qui compte le plus de cas évoqués dans les dossiers qui ont fuité. Il est directement suivi par l'Angola (9 politiciens).

Les autres pays africains qui apparaissent dans ces révélations sont le Maroc, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Tchad, le Gabon, le Congo Brazzaville, le Kenya, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud.

Les chefs d'Etats africains dont les noms sont directement évoqués, sont ceux du Gabon et du Congo Brazzaville, mais les détails en ce qui les concernent n'ont pas encore été donnés. Un focus particulier est fait sur le cas du Kenya, où le président Uhuru Kenyatta, dont le mandat politique met l’accent sur la lutte contre la corruption, est cité.

Uhuru Kenyatta et ses proches

Le président kényan, figure de la lutte anticorruption, serait propriétaire d’une fondation secrète au Panama, détenant plus de 30 millions de dollars.

Sa mère et ses frères et sœurs disposent d’au moins six autres "business offshore" et fondations enregistrés au Panama et aux IVB.

La plupart de ces compagnies familiales ont été créées avant l’investiture de M. Kenyatta précise les documents, bien que certaines soient restées actives après son élection.

Ali Bongo

Les données fournies indiquent que le président gabonais contrôlait, avec deux associés politiques, une société écran domiciliée aux Iles Vierges britanniques (IVB), prénommée Gazeebo Investments Ltd.

D’après un courriel, daté de 2008, d’un procureur de Miami, qui a chargé des avocats du cabinet de services offshore, Trident Trust, d’incorporer la société, M. Bongo en était l’actionnaire majoritaire.

Ali Bongo était également le directeur d’une autre société écran aux IVB, Cresthill Worldwide Ltd. L’une comme l’autre ne sont plus actives aujourd’hui tandis que leur raison d’être n’est pas connue.

Denis Sassou Nguesso

Le président congolais, selon les "Pandora Papers", détenait une société, nommée Inter African Investment Ltd., contrôlant des mines de diamant. Celle-ci a été enregistrée aux IVB en 1998, durant le second mandat de l’intéressé à la tête du Congo.

Inter African Investment détenait un compte auprès de la succursale londonienne de la banque Espirito Santo et était également à la tête d’une autre compagnie aux IVB, Ecoplan Finance Ltd. Julienne, l’une des filles de M. Sassou Nguesso, a siégé au conseil d’administration d’Ecoplan.

Cette dernière possédait la majorité des actions d’Escom Congo, une entreprise de construction et d’immobiliers disposant des droits sur les mines de diamant dans le pays. Selon le cabinet panaméen Algocal, Ecoplan n’est plus active depuis 2018.

Patrick Achi

En 1998, alors conseiller du ministre ivoirien de l'Énergie, il devient propriétaire de Allstar Consultancy Services Ltd., une société basée aux Bahamas. Via un accord de fiducie, l’actuel premier ministre de la Côte d’Ivoire, depuis sa nomination en mars 2021, obtient de ne pas voir afficher son nom sur les documents officiels.

M. Achi a fondé sa société en 2006, par l’intermédiaire d’un spécialiste de l’offshore basé à Londres, avant de transférer sa gestion à Alcogal.

Zakaria Idriss Déby Itno

Fils de feu Idriss Déby Itno, plus jeune demi-frère de l’actuel président, Mahamat Idriss Déby, Zakaria Idriss Déby Itno possédait des actions dans Odian Consulting Ltd., une société des Seychelles, créée en 2008.

Les deux autres actionnaires n’étaient autre que son cousin, Yosko Youssouf Boy, et David Abtour, un présumé trafiquant d’armes. Ce dernier a été marié à une sœur d’une ex-femme d’Idriss Déby. Le registre seychellois n’indique pas le statut de la société.

D'autres noms connus sur le continent ou dans leurs pays respectifs figurent également dans l'inventaire mis au jour par le Consortium.

Après les Panama Papers de 2016 , l’ICIJ révèle une fois de plus les agissements cachés des riches et puissantes personnalités du globe.

Les centaines de millions de dollars détournés et cachés par ces personnalités privent, ainsi depuis des années, les pays africains de plusieurs structures de développement comme des écoles, des hôpitaux, des routes, etc.

Les impôts de tous ces fonds, s’ils étaient rentrés dans la caisse des Etats, pouvaient contribuer à la construction de ces pays et à l'amélioration des conditions de vie des citoyens.

Source : ICIJ, TV5Monde, Financial Afrik, Agence Ecofin

Copyright © 2021 AfroAware