L'insertion des jeunes sur le marché du travail en Afrique de l'ouest

2 March, 2021 | by: David Kodjani

L’insertion des jeunes africains sur le marché du travail est un véritable enjeu pour le continent en raison de la démographie. Même si l’entrepreneuriat est une issue, l’agriculture demeure le principal débouché pour les jeunes africains.

Aujourd’hui en Afrique de l’ouest, on ne parle plus de chômage mais plutôt de « NEET » qui représente ces jeunes qui ne sont ni étudiant, ni employé, ni stagiaire et sont vraiment découragés. Il s’agit du taux le plus important et le plus représentatif du chômage des jeunes en Afrique, notamment en Afrique du Nord, ou les jeunes ont le plus investi dans les études supérieures. Au Maghreb, la prévalence du chômage des jeunes est très élevée, puisque plus d’un tiers de la jeunesse est sans emploi. En revanche, en Afrique subsaharienne, c’est la prévalence de la pauvreté qui atteint des sommets, car 70% des jeunes vivent avec moins de 3,1 dollars par jour. Mais tous les jeunes travaillent pour soutenir la famille. Le problème principal relève de la qualité de l’emploi et du niveau de rémunération.

Il y a environ 30 millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Donc il faut accompagner la création d’emploi à un niveau sans précédent. Les enjeux économiques et sociaux sont immenses et les jeunes de 15 à 29 ans n’ont jamais été plus éduqués et plus connectés. Cela représente une vraie opportunité.

Même si les femmes ont aujourd’hui beaucoup plus accès à l’éducation en Afrique, elles se heurtent toujours à des difficultés fortes pour accéder à l’emploi, et surtout s’y maintenir après une grossesse. Lorsqu’elles veulent créer leur boîte, on leur dit qu’elles ne peuvent pas. Elles vont avoir plus de difficultés à lever des fonds, avoir accès aux réseaux indispensables pour monter une entreprise. Il y a aussi le poids de la perception de la famille vis-à-vis des rôles très genrés entre femmes et hommes, même si cela évolue positivement.

On ne pourra rien faire en termes d’emploi si les personnes ne savent ni lire ni écrire, ne sont pas formées et n’ont pas de compétences. Aujourd’hui, le pari de l’accès massif à l’éducation en Afrique est plutôt réussi, avec un taux d’accès à l’école primaire très élevé. Mais les grands enjeux de demain concernent davantage le collège, où il y a eu beaucoup moins d’investissement de la part des donateurs internationaux. Enfin, de nombreuses questions demeurent sur la qualité de l’enseignement et la formation des enseignements. Il y a également de vrais enjeux concernant l’éducation supérieure et la formation professionnelle, car beaucoup de programmes sont déconnectés des besoins des entreprises et de la réalité du monde du travail. Par exemple, au Nigéria, il y a des besoins très forts dans le secteur de l’électricité, puisque le secteur a été privatisé. Mais le système de formation professionnel, lui, est resté public et n’a pas suivi l’évolution des besoins du secteur. Les professeurs n’ont pas d’expérience en entreprises, les élèves n’ont pas d’ateliers pratiques, etc. Ce qui mène à une déconnexion totale entre la formation et les futurs employeurs.

On a une déconnexion totale entre les aspirations des jeunes, la perception et les attentes des familles et la réalité du marché du travail. Il y a aussi un problème de corrélation entre les compétences acquises et les besoins du marché du travail. Et en réalité, il y a très peu d’emplois formels. Les jeunes ne sont pas bien informés des réalités de l’emploi. Les services publics d’information sur l’emploi et la formation sont eux-mêmes en déconnexion avec le secteur privé, et sont donc peu efficaces en Afrique.

Tous les jeunes sont entrepreneurs en Afrique, personne ne peut se permettre de ne pas travailler. Tout le monde a son petit business. Mais il y a une différence entre entrepreneuriat de subsistance et entrepreneuriat d’entreprise, qui a vocation à créer de l’emploi. "L’entrepreneuriat va sauver l’Afrique" dit-on souvent mais la réalité c’est que tout le monde n’est pas entrepreneur. L’entrepreneuriat représente des opportunités certes mais il ne peut pas être la seule solution.

L’emploi est l’un des besoins fondamentaux de l’être humain, car c’est un facteur d’intégration et d’autonomisation. L’Afrique est l’un des continents où on compte le plus de chômeurs, constituant de facto un enjeu social, politique et économique pour les gouvernants. De fait, la persistance du chômage peut se traduire par le développement de la criminalité (cas du Nigéria avec les « scams 419 » ou du Ghana et de la Côte d’Ivoire avec le phénomène de « broutage », qui pousse même certains à commettre des crimes dits rituels). Pour résoudre le problème, plusieurs structures tant nationales qu’internationales ont été instituées. C’est le cas d’ADEI au Cap-Vert, d’ADPME au Congo Brazzaville, d’ADEPME et du SYNAPSE CENTER au Sénégal, de l’AGRO-PME Fondation au Cameroun, d’ANPGF et du PASYD au Togo, du CIPMEN au Niger, du FORSCOT et de l’INIE en Côte d’Ivoire, du ME au Bénin et au Burkina Faso ou encore du PROMOGABON au Gabon, etc.

Le marché de l’emploi reçoit chaque année des milliers de diplômés sortis des écoles et établissements de formation professionnelle. A ceux-là, il faut ajouter la multitude de jeunes filles et garçons en fin d’apprentissage dans les structures artisanales. Le manque d’expérience professionnelle a toujours constitué le principal obstacle pour accéder à un emploi, du fait que les entreprises recherchent davantage des seniors que des juniors qu’elles auraient à former. Dans ce contexte, les contrats à courte durée (comme les stages) sont rares. Il est estimé que dans 89% des pays africains, l’offre d’emplois est insuffisante pour absorber la demande. Les seuls stages existants sont offerts par l’Etat à travers les institutions nationales, dans les ministères ou par certaines sociétés privées qui disposent des ressources financières suffisantes pour rémunérer les stagiaires. Seulement ces stages ne sont pas la garantie d’une embauche et le stage peut être, parfois, reconduit, pour permettre à l’entreprise de ne pas perdre les compétences mais aussi d’avoir une main d’œuvre peu onéreuse sans être inquiétée. Ainsi les entreprises peuvent garder un candidat en situation de stagiaire pour une longue durée et en disposer à leur guise.

Face à cet enjeu de masse, l’Etat ne doit pas être le seul à jouer sa partition, les jeunes eux-mêmes doivent faire en sorte de tirer leur épingle du jeu en s’auto formant et en acquérant des compétences adéquates pour des domaines spécifiques. Nous parlerons dans nos prochains articles liés au chômage des 7 pièges qui maintiennent les jeunes au chômage.

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