Investissement de la diaspora africaine

25 August, 2021 | by: David Kodjani

Si la diaspora africaine est aujourd’hui considérée comme la « sixième région » d’Afrique, c’est parce qu’on ne peut plus ignorer aussi bien son poids démographique, économique que politique.

En effet, cette diaspora est forte de 16 millions de personnes en Amérique du Nord, 112,65 millions en Amérique latine, 13,56 millions aux Caraïbes et 3,51 millions en Europe.

Son poids économique est indéniable. Ainsi, en 2017 les Africains de la diaspora ont transféré plus de 65 milliards $ de fonds vers leurs pays d’origine, d’après des chiffres de l’African Institute for Remittances (AIR). Ce montant représente plus du double de l’aide publique au développement reçue par le continent au cours de la même année et qui se chiffrait à 29 milliards $. Pourtant peu de pays africains développent une vraie politique de mobilisation des moyens financiers de la diaspora. Tour d’horizon.

La plupart des analyses réalisées par la Banque mondiale et d’autres institutions indiquent que c’est l’Afrique subsaharienne qui enregistre le plus de transferts de fonds de la part de sa diaspora. D’après l’institution de Bretton Woods, la région a capté en 2017 plus de 42 milliards $ d’envois de fonds, soit près de 65% des transferts de fonds enregistrés par l’AIR pour le continent au cours de la même année. Ce montant a même augmenté pour atteindre 46 milliards $ en 2018.

Avec près de 24,3 milliards $ reçus en 2018, c’est le Nigeria qui occupe la première place des pays africains captant le plus de financement de leurs diasporas. Il devance le Ghana (3,8 milliards $), le Kenya (2,7 milliards $), le Sénégal (2,2 milliards $) et le Zimbabwe qui complète ce top cinq avec 1,9 milliard $.

Malgré l’énorme potentiel que représentent les envois de fonds de la diaspora, les pays africains peinent à en faire une véritable source de financement pour leurs projets de développement. Hormis le fait qu’une bonne partie de ces envois de fonds transite par le circuit informel, cette situation est due à la finalité des envois de fonds effectués par les migrants africains.

En effet, de nombreuses études indiquent que les transferts d’argent réalisés par la diaspora africaine vers le continent, sont principalement orientés vers les dépenses de consommation. D’après la Banque mondiale, les deux tiers des fonds transférés servent à répondre aux besoins de la vie courante, à savoir acheter des biens de consommation et payer des frais de santé ou de scolarité. Ils ne viennent donc pas vraiment alimenter les circuits formels de production et de création de richesse, ni financer des projets d’investissement.

D’après un rapport de la CNUCED, d’ici 2030, les objectifs de développement durable nécessiteront des investissements à hauteur de 40,9 milliards $ par an. A titre comparatif, la Banque mondiale estime qu’en 2019, 48 milliards $ de transferts de fonds devraient être effectués par la diaspora africaine, rien qu’à destination de l’Afrique subsaharienne.

D’après Dilip Ratha, économiste à la Banque mondiale, « si l’on pouvait convaincre un membre de la diaspora sur dix d’investir 1000 dollars dans son pays d’origine, l’Afrique collecterait ainsi 3 milliards de dollars par an pour financer le développement ».

Malheureusement, la plupart des pays africains ne parviennent pas encore à mettre en place une véritable stratégie pour associer leur diaspora au développement économique de leurs pays d’origine.

Plus d’une trentaine de pays africains ont mis en place des services ou des ministères chargés de susciter l’intérêt de la diaspora, mais ceux-ci manquent souvent de moyens.

Cependant certains pays sortent du lot en adoptant de véritables politiques de mobilisation de financement ciblant leurs diasporas. Le Nigeria est d’ailleurs l’un des exemples les plus frappants de la capacité des membres de la diaspora africaine à se mobiliser pour financer des projets de développement dans leurs pays. En 2017, le pays d’Afrique de l’ouest réussissait l’exploit de mobiliser en un seul jour, plus de 300 millions $, grâce à une émission de diaspora bonds, visant à réaliser des projets d’infrastructure.

Vivement que les autres pays emboîtent ce pas.

Source : Ecofin Hebdo, Afrique Renouveau

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